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Alimentation lipidique en période périnatale : conséquences pour la santé de l’enfant



OCL Volume 25, Number 3, May-June 2018

Compte rendu par Jean Michel Chardigny (Directeur de recherches à l’INRA) (Président du GLN)
Chaque fin d’année, le GLN (Groupe Lipides Nutrition), qui rassemble des chercheurs, des médecins et des industriels autour d’un intérêt commun pour les effets nutritionnels des lipides, organise une journée scientifique thématique. Pour l’édition 2017, le thème de la nutrition périnatale avait été retenu. Le choix de la thématique a été motivé par l’importance largement documentée des lipides dans ce segment de l’alimentation, tant au plan quantitatif qu’au plan qualitatif. Le thème choisi a par ailleurs été l’occasion de souligner le travail réalisé sur le sujet par la regrettée Sheila Innis, auteur de plus de 300 publications dans le domaine.

Les lipides du lait maternel restent toujours un sujet d’actualité (Demmelmair et Koletko, 2018) et la formulation de laits de substitution constitue un challenge pour tous les industriels du domaine, malgré les améliorations constantes réalisées. Une revue récente souligne d’ailleurs de « futures directions » (Lien et al., 2018).

Dans ce contexte, le lecteur trouvera dans ce dossier une première revue très complète de Guesnet et al. (2018)rappelant l’importance des acides gras indispensables, DHA mais pas seulement, pour le développement optimal, en particulier du système nerveux et de la fonction visuelle.

En lien avec ces recommandations, les données de consommation en France chez la femme en période d’allaitement sont rapportées dans deux revues (Vaysse et al., 2018 ; Hébel et al., 2018). À partir des données de l’enquête de consommation alimentaire INCA 2, Vaysse et al. (2018) décrivent les niveaux de consommation des femmes allaitantes et l’évolution de ces consommation sur une quinzaine d’années, soulignant particulièrement les insuffisances d’apport en AGPI n-3. Ces insuffisances d’apport sont également confirmées dans l’étude de Hébel et al. (2018), suivant une méthodologie différente. L’ensemble de ces données souligne ainsi les écarts entre recommandations et pratiques pour les populations ciblées, ce qui pose clairement la question tant de l’adéquation des recommandations que celle de l’offre alimentaire et sans doute surtout des comportements.

L’impact des inadéquations d’apports est également souligné dans la revue de Rolland-Cachera (2018). L’auteur souligne l’importance cette fois plus quantitative des lipides sur le rebond d’adiposité bien connu des pédiatres. L’impact futur sur l’obésité à l’adolescence et à l’âge adulte est ainsi bien documenté.

Enfin, deux articles du dossier ouvrent des perspectives pour l’innovation dans le domaine des formules infantiles.Delplanque et al. (2018) considèrent que l’utilisation de matières grasses laitières dans les préparations pour nourrissons devrait être reconsidérée, ainsi que la quantité absolue d’acide linoléique et d’acide alpha-linolénique.Le Huërou-Luron et al. (2018) expliquent pour leur part l’importance et les bénéfices potentiels de l’introduction de membranes de globules gras dans les formules testées dans des études précliniques. L’impact de cette source de lipides apolaires devra être confirmé par des études cliniques, mais les résultats présentés soulignent le réservoir d’innovation que représentent ces approches.